Miettes de mémoire

28 mars 2018

J’ai accompagné mon père chez le médecin pour son important problème d’audition. Nous sommes passés devant l’appartement que nous avions occupé dans les années 60 à 70. Mon père a dit «  nous avons passé dix années ici, rien n’a marché, ça n’a pas été une période heureuse pour nous, surtout pour toi ». J’aurais bien demandé des explications s’il avait été moins sourd. Je n’ai rien dit, il est trop tard, je ne veux pas les ennuyer désormais avec ça et puis finalement j’imagine savoir de quoi il parle.

Posté par Truly à 22:41 - Commentaires [1] - Permalien [#]


23 décembre 2017

Papa

Juste une opération banale, même si rien n’est si banal à 88 ans, l’affaire de trois jours et vous serez à la maison. Et puis finalement rien ne fut si banal et d’infection en infarctus, d’hémorragie en occlusion, de Charybde en Scylla et vice versa, de bloc opératoire en soins intensifs, d’anesthésie en anesthésie,  de prostate en vessie, d’uretère en urètre, de sonde en perfusion, tu as pris tes aises pour finalement t’offrir un séjour plus bancal que banal de deux mois.

Aujourd’hui, tu as regagné tes pénates, tranquille, sondé insondable, forcément un peu fatigué, un peu amaigri, tu as repris position devant ton i Pad, il faudra s’y faire tu n’es pas encore prêt pour l’Ehpad.

Je ne sais pas où tu vas chercher cette force, Papa, ce goût  de la vie que je n’ai pas. Faudra que je demande à Maman.

Posté par Truly à 00:17 - Commentaires [0] - Permalien [#]

22 juin 2017

ALD

Un peu déconcerté, on me dit que je suis malade, que c’est incurable, mes résultats d’analyses le crient haut et fort, le test génétique ne se gêne pas pour le hurler sur les toits  et moi je trouve que je suis en pleine forme. Mais demain est un autre jour, je viens de recevoir l’ordonnance qui me consacre malade, enfin je vais pouvoir prendre tous ces médicaments qui me font entrer dans la cour des grands, des grands malades. Et à la mine désolée du pharmacien me remettant les précieux sésames, tout ça quand même, je comprends enfin que ça y est je suis bien devenu un patient en affection longue durée, comme ils disent, en espérant nonobstant que le durée sera bien longue et moins douloureuse que certaines additions.   

Posté par Truly à 23:31 - Commentaires [2] - Permalien [#]

08 juin 2017

Elle porte désormais un nom cette maladie qui m’a envoyé une semaine à l’hôpital. Je sais maintenant qu’elle m’accompagnera fidèlement tout au long du reste de ma vie. Il me faudra bien m’habituer au rituel des prises de sang, me familiariser avec les termes barbares des résultats de mes analyses, vérifier qu’untel ne monte pas trop, que tel autre ne baisse pas anormalement. En raison de mon état général, de mes antécédents personnels et familiaux, du traitement que je suis déjà, enfin que je tente de suivre, je ne commence pas par le traitement le plus lourd. Si j’en crois celle qui va vite devenir mon hématologue préférée, j’ai eu de la chance, la maladie aurait pu être révélée par un accident de santé beaucoup plus grave, des maux de tête certes d’une grande violence, mais pas de thrombose, pas d’embolie, pas d’AVC  et finalement aucune séquelle grave en dehors d’une petite lacune cérébrale de rien du tout, quand même, j’aurais été déçu de ne pas avoir une petite trace, un petit souvenir. Je peine déjà à me sentir vraiment malade, c’est vrai quoi c’est quoi cette maladie qui ne se voit pas, cette maladie que je ne peux pas exhiber au nez et la barbe des voisins compatissants, enfin surtout des voisines, il faut bien le dire, dans mon petit quartier tranquille et vieillissant  il reste peu d’hommes en vie et les gentilles veuves me cernent même si je prends l’air de celui qui ne se sent pas concerné. Mon épouse les aime bien ses gentilles voisines mais je ne la sens pas vraiment pressée de rejoindre le club, enfin je dis ça pour me rassurer.

Je dois donc prendre cet évènement comme une chance, cette maladie si discrète, tellement timide qu’elle n’ose se manifester, m’aurait sans doute mis en terre ou à terre dans le meilleur des cas si elle n’avait pas été diagnostiquée presque par hasard. Alors je vais apprendre à vivre avec et tenter d’être plus présent à ceux qui comptent pour moi, frôler le pire peut, qui sait, donner la force d’essayer d’être un peu meilleur.

 

Posté par Truly à 00:06 - Commentaires [0] - Permalien [#]

22 mai 2017

Les voisins viennent aux nouvelles, je vois bien malgré l’air compatissant de certains qu’il y a un peu de déception, ça rassure de voir l’autre un peu diminué, un peu vieilli, encore plus que délabré que soi. Mais je ne veux pas leur faire ce plaisir, alors je fanfaronne, je joue le serein, même pas peur, même pas mal. Mes doutes, mes angoisses, je les garde bien au chaud dans ma chambre froide, à l’abri des mots inquisiteurs. Certain veut tout savoir, et comment c’est arrivé, et quels signes avant-coureurs, et si ça fait mal, tu sais c’est juste pour se renseigner, au cas où j’aurais la même chose, ben voyons. Alors je raconte, et je me dis que cela m’évitera d’autres explications près d’autres voisins, celui-ci s’en chargera bien, je n’en doute pas, il saura certainement rajouter des détails de son cru.

Et puis il y a cette voisine, qui parfois fait une promenade avec ma femme, parfois c’est le thé qu’elles prennent ensemble, je ne crois pas qu’un jour elle m’aie vu ou simplement adressé la parole, il me semble que dans son monde je n’existe pas. Et pourtant c’est elle qui vient sonner à la porte c’est elle qui vient prendre de mes nouvelles, et qui me fait la bise, et qui me serre dans ses bras. Et c’est elle que je crois sincère, elle, percluse de douleurs, elle, affligée d’une mauvaise vue, d’un équilibre précaire et d’un macho de mari comme elle le qualifie. Et, devant elle, je raconte, je me raconte tout simplement, sans tricher, en confiance, ce que je fais rarement.

 

Posté par Truly à 23:39 - Commentaires [2] - Permalien [#]


16 mai 2017

J’ai vécu une semaine d’hospitalisation entre perfusions, prises de sang, les heures dans les couloirs en attente d’une IRM ici, d’un scanner là, la valse des brancardiers qui me conduisent d’un bâtiment à l’autre, puis chaque jour la saignée. Mon infirmière référente est plus jeune que les autres, c’est moi qui l’intronise référente, il me semble que j’ai affaire à elle plus qu’à d’autres. Je ne m’en plains pas, son dynamisme et sa simplicité dans les relations me font du bien, son humour me touche aussi, en tout cas il me parle et là aussi me fait du bien tout simplement. Peut-être est-ce moi qui le veut, qui le voit ainsi, mais elle est vraiment attentive à ce que j’éprouve, et quand elle écoute, et elle prend le temps d’écouter sans avoir déjà le tensiomètre ailleurs, elle est vraiment là pour moi, me semble-t-il.

 Un matin, sur un simple menu d’hopital, au verso du potage pas salé et d’un steak qui fût haché, je lui écrirai cela. Je lui écrirai comme j’ai été sensible à sa bonne humeur, non feinte, sa simplicité, sa réelle attention à l’autre. Je lui écrirai comme sa simple présence, son regard m’ont aidé dans ces moments douloureux, cette semaine si particulière où j’ai l’impression d’avoir basculé dans un monde inconnu.

 

Posté par Truly à 13:34 - Commentaires [0] - Permalien [#]

12 mai 2017

Attente

Le temps de l’hôpital n’est pas le nôtre, alors j’attends patiemment les résultats de l’analyse génétique qui confirmeront, ou pas, la maladie dont je suis atteint. Pendant ce temps, ma moelle osseuse, facétieuse et pas paresseuse, s’amuse comme une petite folle à fabriquer à foison des globules rouges qui gambadent joyeux dans mes vieilles artères délétères. J’aère. D’une saignée à l’autre, je patiente ,faisant mon boudin, broyant du noir. J’espère, nonobstant, et je vais bien en attendant.

Posté par Truly à 20:01 - Commentaires [0] - Permalien [#]

11 mai 2017

Mauvais sang

Les maux de tête insupportables, les vomissements, la montée dans l’ambulance, les voisins qui sortent la tête, pour voir qui c’est,  les urgences, brancards partout dans les couloirs, le bruit et le silence des douleurs, les cris, les questions, ma date de naissance inlassablement demandée, les gestes à refaire touchez votre nez, suivez mon doigt, tirez , poussez, serrer, souriez,nan c’est pas tordu, je le sais , j’ai mal, j’ai froid, la perfusion, prise de sang, puis les couloirs, les radios, IRM, scanner, tiens une saignée, on vient voir, c’est pas souvent aux urgences.

Puis plus tard, encore un véhicule qui m’emporte, je me laisse glisser dans la nuit, d’un coup le calme, une chambre enfin, l’infirmière de nuit, une voix qui m’apaise. J’ignore encore ce qui m’est arrivé, je sais juste que je suis toujours là.

C’était il y a huit jours. 

Posté par Truly à 11:34 - Commentaires [0] - Permalien [#]

14 mars 2017

Papy se met au sport.

 

 

J’ai décidé de faire l’achat d’un vélo. Non, aujourd’hui j’ai acheté un vélo. J’ai pris le bus, puis le métro et je me suis retrouvé avec un beau vélo rouge à la main. Oui mais maintenant comment je rentre à la maison ?

Ceci dit, il ne faut pas non plus s’emballer. L’an dernier j’ai acquis un maillot de bain, rouge. Non pas rouge, noir pour mieux mettre en valeur mon corps d’Apollon, un maillot rutilant sur un corps coruscant ça ne tranche pas.

Pour autant, je n’ai toujours pas nagé, alors d’ici que je roule, il y a encore de la marge, d’erreur. Non pas d’erreur, quoique.

Le problème reste entier, me voilà obligé de pédaler de vive voix, enfin je veux dire de concert, vous me suivez ?  Difficilement. J’ai mis le grand plateau. Bref, j’ai fait mes cinq kilomètres du magasin à la maison. On ne m’y reprendra plus. Non mais !

Posté par Truly à 23:09 - Commentaires [0] - Permalien [#]

12 mars 2017

Discours

La salle du Tambour était comble, mon oreille défectueuse, et je ne parle pas de l’autre, me permettait de saisir quelques bribes d’italien autour de moi, il est vrai que la présence d’Ascanio Celestini dans notre petite ville n’avait pas échappée aux connaisseurs. J’avoue qu’avant ce jour, je n’avais jamais entendu parler du «  Discours à la nation » et que le nom de Celestini m’était parfaitement inconnu.

Nous, nous étions là pour voir la classe théâtre du lycée jouer une adaptation de ce Discours à la nation. Plus précisément, nous étions là pour voir notre petite-fille sur scène.  Nous l’avons souvent vue sur les planches depuis ses douze ans, mais la plupart du temps c’était pour le spectacle de fin d’année de la commune et le public, les familles des comédiens en herbe, inconditionnel. Mais depuis qu’elle suit une classe option théâtre, le contenu et le jeu deviennent plus exigeants.  Je l’avoue, ce soir là, j’ai une boule au ventre, sans doute la première fois qu’elle joue devant une salle aussi remplie et avec le privilège d’évoluer devant l’auteur. 

S’il y eut du stress, il ne se manifesta nullement pendant l’heure et demie de représentation et les apprentis-comédiens tinrent dignement leurs rôles, pourtant en échangeant quelques mots avec ma petite-fille juste à sa sortie, elle confirma que toute la troupe était morte de trouille avant de rentrer sur scène, mais le jeu a ensuite fait le reste et la peur s’est vite carapatée. C’était étrange de voir et entendre notre petite Y. aussi à l’aise dans ce texte corrosif et très engagé, le racisme, la bêtise, le pouvoir, la mondialisation  y sont passés à la moulinette par les mots affûtés de Celestini.

Enfin pendant près de deux heures, Celestini a occupé la scène, Celestini, le conteur, le chanteur, la charmeur, l’agitateur et plein d’autres choses encore, le genre de personnage qui nous fait sentir, ou croire, quelques instants, que nous sommes intelligents. 

Posté par Truly à 11:23 - Commentaires [0] - Permalien [#]