C’était le plus jeune de mes cousins. C’est le premier à disparaître. Crise cardiaque, 49 ans, alcool, dépression, chômage, solitude, une vie d’adulte courte et douloureuse. Sur les photos de mon mariage, un petit blond de sept ou huit ans, je ne crois pas l’avoir revu depuis ce jour et je n’avais aucune idée de ce qu’il vivait. Il faut dire que les frères et sœurs de ma mère étaient plus jeunes et que j’ai eu peu de contacts avec ces nombreux cousins, autres enfants sur les photos du mariage.

J’ai accompagné ma maman à ses obsèques, il était le plus jeune des enfants de la petite sœur de ma mère. Je n’avais pas forcément l’intention de faire le déplacement, la carte de visite était déjà dans ma poche quand je suis allé voir mes parents la veille, mais aux regards maternels j’ai compris que je ne pourrai y échapper, je savais que c’était important pour elle, sans doute aussi fallait-il montrer aux autres  que j’étais bien un enfant de la grande famille des B.

Des pleurs, des étreintes, quelques mots de ses grandes sœurs, les gémissements de sa maman, le mutisme hagard de son père. Ces cousins, ces vieux oncles et tantes, ces vagues souvenirs surgis de mon enfance. Une cérémonie triste et brève, quelques diapos aux couleurs passées, déjà, les fantômes d’une enfance heureuse, sans doute. Quelques pétales sur le cercueil, un dernier geste, puis déjà la collation, un souvenir entre pâté et rillettes, un rire avant la tartelette, je ne suis presque plus là, ma famille est ailleurs depuis si longtemps, et je ne crois pas que je renouerai de véritables liens avec la plupart. Tu ne te sens pas un B. m’a dit une fois ma mère, il faut croire que non, je suis trop solitaire sans doute, jamais à la bonne place.