La salle du Tambour était comble, mon oreille défectueuse, et je ne parle pas de l’autre, me permettait de saisir quelques bribes d’italien autour de moi, il est vrai que la présence d’Ascanio Celestini dans notre petite ville n’avait pas échappée aux connaisseurs. J’avoue qu’avant ce jour, je n’avais jamais entendu parler du «  Discours à la nation » et que le nom de Celestini m’était parfaitement inconnu.

Nous, nous étions là pour voir la classe théâtre du lycée jouer une adaptation de ce Discours à la nation. Plus précisément, nous étions là pour voir notre petite-fille sur scène.  Nous l’avons souvent vue sur les planches depuis ses douze ans, mais la plupart du temps c’était pour le spectacle de fin d’année de la commune et le public, les familles des comédiens en herbe, inconditionnel. Mais depuis qu’elle suit une classe option théâtre, le contenu et le jeu deviennent plus exigeants.  Je l’avoue, ce soir là, j’ai une boule au ventre, sans doute la première fois qu’elle joue devant une salle aussi remplie et avec le privilège d’évoluer devant l’auteur. 

S’il y eut du stress, il ne se manifesta nullement pendant l’heure et demie de représentation et les apprentis-comédiens tinrent dignement leurs rôles, pourtant en échangeant quelques mots avec ma petite-fille juste à sa sortie, elle confirma que toute la troupe était morte de trouille avant de rentrer sur scène, mais le jeu a ensuite fait le reste et la peur s’est vite carapatée. C’était étrange de voir et entendre notre petite Y. aussi à l’aise dans ce texte corrosif et très engagé, le racisme, la bêtise, le pouvoir, la mondialisation  y sont passés à la moulinette par les mots affûtés de Celestini.

Enfin pendant près de deux heures, Celestini a occupé la scène, Celestini, le conteur, le chanteur, la charmeur, l’agitateur et plein d’autres choses encore, le genre de personnage qui nous fait sentir, ou croire, quelques instants, que nous sommes intelligents.