Les voisins viennent aux nouvelles, je vois bien malgré l’air compatissant de certains qu’il y a un peu de déception, ça rassure de voir l’autre un peu diminué, un peu vieilli, encore plus que délabré que soi. Mais je ne veux pas leur faire ce plaisir, alors je fanfaronne, je joue le serein, même pas peur, même pas mal. Mes doutes, mes angoisses, je les garde bien au chaud dans ma chambre froide, à l’abri des mots inquisiteurs. Certain veut tout savoir, et comment c’est arrivé, et quels signes avant-coureurs, et si ça fait mal, tu sais c’est juste pour se renseigner, au cas où j’aurais la même chose, ben voyons. Alors je raconte, et je me dis que cela m’évitera d’autres explications près d’autres voisins, celui-ci s’en chargera bien, je n’en doute pas, il saura certainement rajouter des détails de son cru.

Et puis il y a cette voisine, qui parfois fait une promenade avec ma femme, parfois c’est le thé qu’elles prennent ensemble, je ne crois pas qu’un jour elle m’aie vu ou simplement adressé la parole, il me semble que dans son monde je n’existe pas. Et pourtant c’est elle qui vient sonner à la porte c’est elle qui vient prendre de mes nouvelles, et qui me fait la bise, et qui me serre dans ses bras. Et c’est elle que je crois sincère, elle, percluse de douleurs, elle, affligée d’une mauvaise vue, d’un équilibre précaire et d’un macho de mari comme elle le qualifie. Et, devant elle, je raconte, je me raconte tout simplement, sans tricher, en confiance, ce que je fais rarement.