Elle porte désormais un nom cette maladie qui m’a envoyé une semaine à l’hôpital. Je sais maintenant qu’elle m’accompagnera fidèlement tout au long du reste de ma vie. Il me faudra bien m’habituer au rituel des prises de sang, me familiariser avec les termes barbares des résultats de mes analyses, vérifier qu’untel ne monte pas trop, que tel autre ne baisse pas anormalement. En raison de mon état général, de mes antécédents personnels et familiaux, du traitement que je suis déjà, enfin que je tente de suivre, je ne commence pas par le traitement le plus lourd. Si j’en crois celle qui va vite devenir mon hématologue préférée, j’ai eu de la chance, la maladie aurait pu être révélée par un accident de santé beaucoup plus grave, des maux de tête certes d’une grande violence, mais pas de thrombose, pas d’embolie, pas d’AVC  et finalement aucune séquelle grave en dehors d’une petite lacune cérébrale de rien du tout, quand même, j’aurais été déçu de ne pas avoir une petite trace, un petit souvenir. Je peine déjà à me sentir vraiment malade, c’est vrai quoi c’est quoi cette maladie qui ne se voit pas, cette maladie que je ne peux pas exhiber au nez et la barbe des voisins compatissants, enfin surtout des voisines, il faut bien le dire, dans mon petit quartier tranquille et vieillissant  il reste peu d’hommes en vie et les gentilles veuves me cernent même si je prends l’air de celui qui ne se sent pas concerné. Mon épouse les aime bien ses gentilles voisines mais je ne la sens pas vraiment pressée de rejoindre le club, enfin je dis ça pour me rassurer.

Je dois donc prendre cet évènement comme une chance, cette maladie si discrète, tellement timide qu’elle n’ose se manifester, m’aurait sans doute mis en terre ou à terre dans le meilleur des cas si elle n’avait pas été diagnostiquée presque par hasard. Alors je vais apprendre à vivre avec et tenter d’être plus présent à ceux qui comptent pour moi, frôler le pire peut, qui sait, donner la force d’essayer d’être un peu meilleur.